31 auguste 2019 - Je répare un oubli important

 Cette année 2019, le jour de l'été, j'ai cueilli une rose.
(J'ai beaucoup cueilli des fleurs cette année,
avec lesquelles j'ai beaucoup expérimenté,
et avec beaucoup de satisfaction).
Le papier-peint sur lequel j'ai posé la rose pour la photographier
dit assez, à qui est habitué à explorer ce blog, 
à quoi elle se rapporte.

Voici cependant un lien pour les pressés
et qui leur en ouvrira d'autres...



Rose cueillie au jardin de Marie P***
posée sur le papier-peint à motif cachemire
de Marie P*** (ancienne maison de la Beytour, Felletin)
© Hervé MOLLA - 2019



Rose cueillie au jardin de Marie P***
posée sur le papier-peint à motif cachemire
de Marie P*** (ancienne maison de la Beytour, Felletin)
© Hervé MOLLA - 2019

Rose cueillie au jardin de Marie P***
posée sur le papier-peint à motif cachemire
de Marie P*** (ancienne maison de la Beytour, Felletin)
© Hervé MOLLA - 2019


Il est important de préciser que la maison de la Beytour
(et toujours virtuelle Galerie 104 - La Beytour), à Felletin,
est liée à un jardin (« le plus beau jardin de Felletin » dit-on,
bien que virtuel lui aussi), défriché en 2017 & 2018
et pourtant encore aujourd'hui à l'état de friche artistique.
Un rosier, et qui n'était peut-être qu'un églantier,
sur mon intervention expresse, a échappé au défrichage.
Celui-là m'en a récompensé en florissant abondamment ce printemps ;
et après combien d'années !
Des roses comme on voit ici, roses et très-odorantes 
(si l'on veut bien m'en croire),
dont je suis en quelque sorte l'inventeur,
heureux de partager la découverte avec le propriétaire du jardin ;
et, pour ce qui me revient de la découverte,
« avec le plus grand nombre ». 
Ici au moins virtuellement.
Il va cependant falloir donner un nom à cette rose
qui promet d'être bientôt fameuse...

12 janv. 2019 - Je me réconcilie avec Marmont

Qu'on ait jugé astucieux de faire de la galerie des cloîtres des monastères espagnols, si bien construits et si solides,
des escarpes et contrescarpes tellement commodes
(et de s'en vanter dans ses Mémoires, sans le moindre regret !)
m'avait hier irrité contre Marmont. Maudit artilleur !

Heureusement, et comme souvent, Chateaubriand est venu me consoler.
A vrai dire, c'est Jean d'Ormesson qui est venu de sa part.
Voilà qui ne devrait pas surprendre.
Ainsi, notant dans mon agenda de La Pléiade une vente prochaine relevée sur Interenchères, je suis tombé, juste après la journée du dimanche 20 janvier, sur cette citation tirée du Vagabond qui passe sous une ombrelle trouée :
« Je pensais à mon vieux Chateaubriand [qui est le mien aussi 
et que nous devons, moi et Jean d'Ormesson (pour suivre un ordre 
de préséance à la Marmont, comme on a vu hier), partager avec beaucoup, et pour commencer avec Victor Hugo qui n'est quand même pas « rien » non plus] et à cette belle phrase 
que j'aimais déjà à la folie avant de finir de la comprendre :
Rompre avec les choses réelles, ce n'est rien, 
mais avec les souvenirs ! Le cœur se brise 
à la séparation des songes. » [C'est Hervé Molla qui souligne]
Marmont lui fait écho :
« De bonne heure j'ai mis du prix aux souvenirs. » (T. II, p. 272)
Voilà qui touche infiniment plus que le récit de la blessure
reçue à Salamanque (Marmont manque d'être amputé d'un bras) où,
s'en allant du champ de bataille d'où les Anglais sont repoussés,
il s'entend prononcer « à haute voix, ce vers de Racine,
dans Mithridate : "Et mes derniers regards ont vu fuir les Romains".
On voit que mon esprit n'était pas abattu » en conclut-il.
Qui en aurait douté, qu'il faille le préciser ?
Mais je ne vais pas recommencer à ironiser.
Plutôt oublier ma rancune et suivre ce « sentiment de justice
et de bonté naturel à mon cœur » que Marmont s'attribue aussi.
Et puis, en partage, cet amour de Venise et de l'Italie :
« J'allai, pendant mon séjour à Udine, revoir Venise [on sait que Marmont y retournera encore et qu'il y mourra en 1852], où j'avais été plusieurs fois pendant ma première jeunesse. » 
[C'était en 1797, lors de la chute de la Sérénissime. 
Il avait alors vingt-trois ans.]
[...]
« Je passai mon temps de mon mieux dans cette délicieuse Italie.
Je ne l'ai jamais habitée ou même traversée sans éprouver 
un sentiment de bonheur. » (T. II, p. 371 & 373)
Moi non plus. Et d'Ormesson ? Et Chateaubriand ?

J'ai donc hâte d'être sur la plage l'été prochain 
et d'y reprendre la lecture des Mémoires de Marmont : 
il est inconcevable que, pendant les quinze années 
que couvrent les tomes 7, 8 & 9 (les règnes de Louis XVIII
et de Charles X), on n'y croise pas Chateaubriand.
J'en rendrai compte le moment venu.
Pour l'heure, quatre articles consacrés aux Mémoires de Marmont,
et en rafale ! s'il vous plaît, alors qu'on est plutôt rare, 
sont bien suffisants, en dépit des liens établis à cette occasion, des rencontres et de la convivialité.
Un numéro de plus, et ce serait je ne sais quoi.
Un lassant feuilleton de la télé-réalité !
Tant la forme et le format s'ajustent naturellement au propos ;
et pas seulement en matière d'arts plastiques...

Marmont nous barbe ! - 11 janvier 2019

Depuis mon article du 6 janvier dernier,
surtout après celui du lendemain, j'ai aussi reçu des reproches :
« Marmont nous barbe ! »
J'en suis d'accord parfois.
Aussi ai-je épargné à mon public le récit des campagnes,
même abrégé ; surtout celui des batailles, et sur le tout du tout des batailles perdues !
Car, dans ce cas, Marmont se plaît encore à « refaire le match »
comme s'il était au café des Sports & du Commerce réunis.
On ne me croit pas ? On dit que j'exagère ?
Pour nous en tenir à deux exemples pris dans le tome VI :
« Si, en cette circonstance, Napoléon eût accepté ces avis
comme ils devaient l'être, s'il eût, en conséquence, marché immédiatement, il est possible que l'armée de Silésie
eût été détruite. Au lieu de cela... » (p. 198)
Un peu plus loin (p. 237), 
« si l'infanterie eût pu concourir aux combats... »
N'est-ce pas ce qu'on entend couramment au café de la Place ?
Je parle d'expérience !
Et ce n'est pas à moi qu'on ferait ce reproche :
« Combien souvent les gens les plus distingués
[n'est-ce pas pourtant tout à fait moi ?], étrangers aux choses
qu'ils n'ont pas apprises, sont ridicules en en parlant. »
(T. II, p. 152)

Marmont nous avait pourtant bien prévenus : 
« J'eus l'occasion de voir combien les hommes ordinaires
se laissent prendre facilement aux mots : enfants et niais
à tout âge. » (T. II, p. 108) 
Mais lui n'est pas de ces « hommes ordinaires » (il a parfaitement compris à quoi menaient réellement le 18 brumaire et la Constitution de l'an VIII).
D'ailleurs, et comme Kevin au café des Arts, 
il y a toujours lui et les autres :
« Nous fîmes, moi et ceux qui m'entouraient,
une petite plaisanterie qui tenait à notre âge... » (T. II, p. 168)
« Les plénipotentiaires furent moi et le colonel Sébastiani. »
(T. II, p. 175)
Il ironise pourtant volontiers.
Ainsi lorsqu'il prête ces paroles à Joseph : 
« Sans l'armée, sans mon frère [il s'agit bien sûr de Napoléon], 
je serais paisiblement roi d'Espagne 
et reconnu de toute cette immense monarchie » ;
et qu'il en conclut : « Il est donc dans la nature de l'homme 
de ne pouvoir supporter la prospérité et la puissance, 
puisque des personnes sorties des simples rangs de la société avaient perdu si vite le souvenir de leur point de départ ; 
et n'est-il pas juste d'avoir alors quelque indulgence pour ceux 
que la flatterie et les illusions ont entourés dès leur berceau ! » (T. IV, p. 71)
De même, à propos du peu de clairvoyance de Murat 
lorsque celui-ci n'est pas loin de perdre le trône de Naples :
« Je vis journellement et familièrement Murat.
Je le retrouvai bon camarade et sans prétention. 
Il se mit en frais d'amitié pour moi. Je payai cette bienveillance par la complaisance avec laquelle j'écoutai, chaque jour, 
les récits qui concernaient ses États. Il me parlait souvent surtout de l'amour que lui portaient ses sujets. Il y avait dans son langage une candeur risible, une conviction profonde d'être nécessaire 
à leur bonheur. » (T. V, p. 257)

Si je me suis, dans cet article, un peu payé la tête de Marmont
(alors que j'ai passé l'été dernier de délicieux moments
sur la plage avec lui !),
c'est pour le punir de cette mauvaise action qu'il relate
et dont il n'a absolument pas conscience :
« Les couvents en Espagne, si considérables, 
bâtis si solidement peuvent, avec quelques arrangements,
devenir d'excellents postes [...] 
On se servit des murs des cloîtres après avoir défoncé les voûtes,
comme de revêtements de l'escarpe, et de la contrescarpe,
et les cloîtres devinrent les fossés [...]
Ces travaux furent conduits avec la plus grande activité possible. »
(T. IV, p.88)
C'est du beau, M. l'artilleur !
Le 6 mai 1811 en effet Marmont avait rejoint l'armée 
« réunie sous les murs de Rodrigo » 
et Masséna lui en avait remis le commandement.

Et c'est à Ciudad-Rodrigo, qu'était né, quelque six mois plus tôt,
Alfred Junot (le fils de Michel Junot, le duc d'Abrantès, 
avec lequel Marmont nous dit avoir « toujours été très-lié depuis [sa] première jeunesse, et qui avait un véritable et profond
attachement pour [lui] », sans préciser cependant 
si cet attachement était réciproque...), Alfred Junot, 
plus tard duc d'Abrantès après son père et son frère aîné,
plus tard marquant un tout autre intérêt, lui, 
pour le patrimoine bâti ; et que l'on a déjà rencontré, 
et pour cette raison, dans un précédent article de ce blogue.
Le monde est décidément petit comme jamais.
Aussi va-t-on bien finir par ne plus s'y perdre...

Encore des nouvelles de Marmont ! 7 janvier 2019

Mon article d'hier a bien plu 
(en réalité, il ne s'agit pas de « plaire » ou de « déplaire »
lorsqu'on a la chance de n'avoir à courtiser ni rien ni personne ; 
je veux seulement dire qu'on l'a trouvé, mon article d'hier,
intéressant).
Même à certains qui se fichent bien de « Marmont 1er »
(comme disait Napoléon), et de lui comme d'une guigne 
ou bien d'une cerise sauvage, d'une marasque de Zara 
(dont on fait le marasquin ; mais refermons vite la parenthèse subreptice et n'anticipons pas).

On est aujourd'hui en 1806. Au tome III des Mémoires
Et Marmont vient tout juste d'être nommé gouverneur de la Dalmatie.
p. 27 :
« Mais ce pays [l'intérieur de la Dalmatie, 
la « Dalmatie très profonde » pourrait-on dire,
en usant d'une sorte d'anachronisme, assumé, comme on les aime]
si triste et si pauvre, est habité par une population belle,
valeureuse et susceptible d'enthousiasme, ignorante, simple,
confiante, capable de dévouements pour ses chefs ;
mais comme tous les Barbares, 
elle ne comprend pas les abstractions ;
pour la remuer, il faut frapper ses sens
et la soumettre à une action matérielle.
Cette population, paresseuse comme toutes celles dont la civilisation est reculée, abuse de sa force, 
et les femmes y sont employées aux travaux les plus pénibles,
tandis que les hommes se livrent au repos ou à leurs plaisirs [...]
cependant la force et la beauté [c'est Hervé MOLLA qui souligne, 
et à défaut d'établir un lien en un clic au profit des paresseux]
frappent tous les étrangers. Cette beauté et cette force
tiennent à diverses causes. 
Le régime auquel la population est soumise et la misère
font périr tous les enfants faibles et mal constitués,
il n'y a que les forts et les robustes qui résistent. 
Chaque génération subit donc une espèce d'épuration qui donne lieu
à la production d'une race haute et vigoureuse. »
Après quoi Marmont revient sur cette « taille et cette beauté »
avant d'aborder l'état des routes...
(Il reviendra souvent à l'état des routes et aux communications
car il se montre un excellent administrateur, d'un esprit très pratique, soucieux des populations)

p. 50 :
« Les magistrats de Politza [aujourd'hui Polijca] sont annuels.
Il y a douze comtes qui commandent chacun un village
et l'élection du grand comte se fait par toute la population assemblée [...]
Le grand comte dont l'exercice finit dépose dans un lieu indiqué
une boîte de fer renfermant la charte des privilèges 
[il s'agit vraisemblablement, à mon avis, des privilèges 
autrefois octroyés par Venise à cette vallée dalmate].
Le plus ambitieux et le plus hardi va la prendre
sous une grêle de pierres : quand il s'en est emparé,
s'il a pu le faire vivant, il est reconnu grand comte. »
Marmont en conclut que « ce mode d'élection en vaut bien un autre ».

A la faveur d'événements actuels, exquis et qui stupéfient le monde,
force est de reconnaître que les Français, qui passent encore parfois pour le peuple le plus civilisé de la terre,
ont pris l'habitude, depuis trois décennies peut-être, disons,
de jeter la grêle de pierres sitôt après avoir élu leur grand comte, plutôt que de l'avoir fait avant.
Quel est le contraire de « force et beauté » ?
Faiblesse et laideur ?

p. 52
« J'avais pris à mon service un Dalmate, 
d'une grande et rare beauté, natif de Spalatro.
Sa taille et son costume le rendaient vraiment remarquable ».
Et de nouveau, les routes, les routes, les routes...

p. 102
Une lettre du Major général à Marmont 
(datée de Finkenstein, 3 avril 1807):
« L'intention de Sa Majesté est que [...] 
vous ferez partir de Raguse une compagnie du 2e régiment,
complétée à cent-vingt hommes, en choisissant dans l'infanterie
des hommes beaux et forts. Vous ferez partir une compagnie d'artillerie de la Dalmatie [on rappelle en passant que Marmont, tout comme Napoléon, est un ancien officier d'artillerie],
que vous ferez également compléter à cent-vingt hommes, 
de la même manière que ci-dessus. Vous ferez partir deux compagnies d'artillerie italienne [...] en choisissant des hommes forts et beaux. »

Pour finir cet article, pourtant sans image obligatoire
(une fois n'est pas coutume dans un blogue artistique),
dans le registre « voir et être vu ; et des uns par les autres » :
« Les Croates, relevés à leurs propres yeux,
étaient devenus fiers, et les Turcs disaient d'eux
qu'ils avaient pris la peau française [en italique dans le texte]. »
(T. III, p. 358)
Et puis cette menace, devenue commune alors, 
des parents à l'endroit de l'enfant réfractaire 
(et que Marmont ne craint pas de rapporter) :
« Tais-toi ou Marmont va venir ! »
Au XVIe siècle, c'était le grand duc d'Albe qui était l'ogre 
(et sans doute à juste raison !) pour les enfants hollandais.
Il y a belle lurette que nos chères têtes blondes ou brunes 
ne craignent plus ni Dieu ni diable...
Et comme si elles avaient vraiment pris « la peau française ».
Auraient-elles désormais moins d'excuse à ne pas grandir ?

On m'a demandé des nouvelles de Marmont - 6 janvier 2019, de l'Épiphanie

Oui, on m'a demandé des nouvelles de Marmont.
Preuve que parmi mes lecteurs, 
certains me suivent de très près dans mon labyrinthe.
Amazing !
Et qu'ils sont, par ailleurs (ou bien de ce fait),
tout à fait de leur temps.
Je ne flatte pas mon public ; 
car j'ai bien cru relever un peu d'ironie 
dans la demande qui m'était faite des nouvelles de Marmont : 
on n'a pas cru tout à fait que je lirais jamais,
ainsi que je suggérais que j'allais le faire,
dans un précédent article du mois de juillet, l'année dernière,
les neuf volumes des Mémoires du duc de Raguse.
On a cru qu'ils n'avaient que valeur esthétique,
dans le contexte curatorial de La Beytour.
J'avoue m'être arrêté au tome VI 
qui s'achève en 1814, avec les événements que l'on sait
et qui ont conduit à la chute de l'Empire,
lorsque fin septembre j'ai cessé d'aller à la plage.
Car oui, c'est sur la plage que j'ai lu les Mémoires de Marmont
qui ne sont pas pourtant ce qu'on appelle un roman de plage ;
ce dont on se convaincra par d'autres articles à venir.
Mais c'est que suis bien trop occupé par ailleurs !
Et c'est donc sur la plage encore, l'été prochain,
que je lirai les trois derniers tomes ;
surtout quand on y battra le pavé de Paris...

Aussi, puisqu'on veut des nouvelles, en voici :
Et d'abord, le portrait de Napoléon, obligé, 
et qui se dégage de manière bien cruelle !
« Je l'ai toujours vu extrêmement sensible à l'étalage 
de sa puissance. » (T. II, p. 227)

Pourtant, Marmont affirme un peu plus tôt (T. II, p.157) 
que « le général Bonaparte s'en engoua [de Guillaume Brune], 
on ne sait pourquoi [mais il dit pourquoi] : 
il céda sans doute pour celui-ci, 
comme pour Gardanne et pour tant d'autres mauvais officiers, 
à l'effet toujours produit sur lui par une grande taille 
[et le général Brune était effectivement très grand]. »
Mais est-ce tellement contradictoire ?
L'un n'est-il pas le comble de l'autre ?
Ce qui est amusant, c'est de retrouver, au passage,
la même fascination, disons, pour les hommes grands 
chez Chateaubriand (voyez dans les Mémoires d'outre-tombe
comme il parle des Goths), pourtant l'exact opposé de Napoléon...
Les grands hommes ont parfois de ces complexes !
Tout le monde n'est pas Saint-Simon.

T. II toujours, p. 243 : 
« Le lendemain [de Wagram, 6 juillet 1809],
l'Empereur monta à cheval, et, suivant son usage, parcourut 
une partie du champ de bataille [...] Je n'ai jamais compris l'espèce de curiosité qu'il éprouvait à voir les morts 
et les mourants couvrant ainsi la terre. »

Dans le même ordre, « je ne peux omettre de rapporter 
[on est en Champagne, en 1814, et c'est toujours Marmont qui parle] un mot de Napoléon qu'il me dit en cette circonstance, 
et qui prouve combien il était devenu insensible 
aux malheurs publics et privés. Le mouvement des armées, 
les besoins des troupes et l'indiscipline causaient la désolation des pays qui étaient le théâtre de la guerre [...] 
Les troupes françaises contribuaient, pour leur bonne part, 
aux souffrances des habitants. J'en parlai à l'Empereur, 
et je m'apitoyai sur leur sort. L'Empereur me répondit 
ces propres paroles qui ne sont pas sorties de ma mémoire : 
"Cela vous afflige ? eh ! mais il n'y a pas grand mal ! 
Quand un paysan est ruiné et que sa maison est brûlée, 
il n'a rien de mieux à faire que de prendre un fusil 
et de venir combattre." » (T. VI, p. 219)

« L'orgueil a toujours été un des traits les plus marquants 
du caractère de Napoléon ; aussi tous les actes 
qui mettaient sa puissance en relief 
lui causaient de grandes jouissances. »
[On est au moment de l'établissement du blocus continental]
(T. III, p. 366)

« La grandeur de Napoléon a été en partie son ouvrage ; 
mais les circonstances ont singulièrement favorisé son élévation. Son arrivée au pouvoir a été l'expression des besoins 
de la société d'alors, mais sa chute, c'est lui seul qui l'a causée. Il a mis une plus grande et une plus constante énergie à se détruire qu'à s'élever, et jamais on n'a pu faire une application plus juste qu'à lui de cette observation, que les gouvernements établis ne peuvent tomber que par leur faute et meurent toujours par une espèce de suicide. [Marmont termine le paragraphe par] L'Empereur me reçut à merveille à mon arrivée à Paris. » (T. III, p.449)

On connaît trop l'anecdote du « Regardez là-haut » adressé
par Napoléon à son oncle, le cardinal Fesch.
La revoici, rapportée par Hervé Molla qui la tient de Marmont
à qui elle a été rapportée par Duroc [à Fontainebleau en 1809] :
« Regardez là-haut, lui dit-il, voyez-vous quelque chose ?
- Non, lui dit Fesch, je ne vois rien.
- Eh bien, sachez donc vous taire, reprit l'Empereur,
moi, je vois mon étoile ; c'est elle qui me guide. »
(T. III, p. 340)

Ce pauvre Duroc, « ombre de l'Empereur » ! Il meurt au T. V, p. 109 
(Ne serais-je pas en train de faire mon Napoléon ?) :
« [Duroc] me dit ces propres paroles : "Mon ami, l'Empereur
est insatiable de combats ; nous y resterons tous, voilà notre destinée ! »
Duroc, duc de Frioul, est tué par un boulet de canon, quelques instants plus tard...

« Enfin, quand je le quittai, il [Napoléon] me dit 
ces propres paroles : "L'Échiquier est bien embrouillé ; il n'y a que moi qui puisse s'y reconnaître." Hélas ! c'est lui-même qui s'est perdu dans ce labyrinthe. » (T. V, p. 256)
Amazing ! 
Qu'aurait fait Napoléon à l'ère des « réseaux sociaux » ?

« Napoléon ne regardait alors [octobre 1813] comme vrai 
que ce qui entrait dans ses combinaisons et son esprit. »
[...]
« Ce n'est pas l'histoire complète de la guerre que j'écris, 
mais seulement le récit des événements qui me sont 
particulièrement personnels. » (T. V, note p. 281, p. 289)

« Napoléon mit en doute la vérité de ces rapports.
Cela était opposé aux idées qu'il s'était faites. 
Déjà depuis longtemps, il s'était montré incrédule 
à tout ce qui contrariait sa manière de voir. »
(T. VI, p. 198)

Enfin (T. VI, p. 207) : « Cette reddition de Soissons 
[par le général Moreau qui y commandait, 
et qui n'a rien à voir avec cet autre général Moreau
beau-père d'Ernest Dubois, vicomte de Courval 
dont il est question en fin d'un précédent article
est le véritable moment de la crise de la campagne.
La fortune abandonna ce jour-là Napoléon.
[...]
La fortune de la France, le sort de la campagne,
ont tenu à une défense de Soissons de trente-six heures. »
(T. VI, p. 207)
On est bien peu de chose, mon pauvre monsieur !

C'en est donc fini dès à présent de Napoléon.
Marmont s'en console ici (et là il s'en justifiera : 
et là-bas encore, tout le monde sait cela) :
« Les intervalles de mes petits carrés furent pendant longtemps
remplis par la cavalerie ennemie, et trois fois de suite,
ayant voulu sortir d'un carré pour passer dans un autre,
je fus obligé d'y rentrer précipitamment.
[...]
Je n'eus pas un seul carré d'enfoncé. »
(T. VI, p. 234)
Cela se passait « sur un grand plateau près de Soudé ».
Hélas, à l'entrée « Soudé », Wikipédia n'en dit pas un mot.
C'est qu'on est bien peu de chose, ma bonne dame !
Et que l'art se cache souvent dans les interstices...

Mais aujourd'hui, et même si les choses avaient ici mal commencé,
avec Napoléon jouant à l'art de la guerre, 
et sous la plume de Marmont,
on terminera par cette heureuse épiphanie de « petits carrés ».




La Grande Figure humaine,
collage en 676 onglets sur Canson® 55 x 55 cm, 2017
Composition : échantillonnage de framboise bio. écrasée 60,49%,
cuir d'agneau Maison Martin Margiela® 32,24 %
© Hervé MOLLA - 2019

La Grande Figure humaine, 
collage en 676 onglets sur Canson® 55 x 55 cm, 2017(détail)
Composition : échantillonnage de framboise bio. écrasée 60,49%,
cuir d'agneau Maison Martin Margiela® 32,24 %
© Hervé MOLLA - 2019